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L'Interview SKIILL par Valentin Miral


« le magasin physique n’est pas mort et ne le sera jamais. Les clients qui se rendent en magasin souhaitent vivre une aventure, une expérience, mais en France ça n'est pas dans notre ADN »


Valentin Miral, ex-manager Courir


photo : Valentin Miral



Parlez-moi de votre vision du recrutement ?

J’ai été des deux côtés de la barrière : manager retail qui recherche ses futures pépites à développer mais également candidat en recherche de job. J’ai également eu la chance de travailler en France et à l’étranger (Canada) et le recrutement est traité différemment selon l’endroit où on se trouve.

En France, le CV doit faire une page, il est donc difficile pour quelqu’un comme moi d’expliquer mon parcours, mes missions, mes réussites.

Je ne sais pas si c’est la raison pour laquelle aucun des 400 recruteurs que j’ai contacté ne m’a répondu.

Au Canada ou en Suisse, le CV peut faire 2 ou 3 pages et à l’inverse de la France, les recruteurs attendent justement que pour chaque job, le candidat précise ses missions, ses objectifs, ses réussites.

Un CV raconte 30% de ce qu’on est vraiment

Un CV raconte 30% de ce qu’on est vraiment l’enrichir, y apporter des précisions permet justement d’en savoir plus sur un(e) candidat(e).

Aujourd’hui, je note aussi que le recrutement se déshumanise. De plus en plus d’algorithme entre en jeu, faisant le tri et la sélection bien avant que le candidat ait pu défendre ses chances.

Je m’en suis rendu compte récemment lorsque je suis rentré du Canada. Je n’avais pas de job et pour ne pas rien faire, j’ai postulé à un stage, non rémunéré, complètement dans mon domaine de compétence. Résultat ? j’ai reçu un message automatique me disant que mon profil ne correspondait pas …

Les recruteurs disent qu’ils recherchent le « mouton à 5 pattes » mais ils n’emploient pas les bonnes méthodes pour le trouver.

On a perdu cette « séduction » du côté du recruteur : les postes, missions et salaires sont proposés, si le candidat accepte c’est bien sinon on passe à un autre

Ce qui induit une recherche axée sur un profil type, des personnes interchangeables, au dépend de la recherche d'une personnalité qui pourra grandir et faire évoluer le poste et l’entreprise.

Je comprends qu’il y ait de plus en plus de cabinets de recrutement, notamment des « hyper-spécialistes » de leur domaine (comme SKIILL avec le Retail).

Je ne crois pas au tout digital lorsqu’il s’agit de recrutement. Celui-ci peut venir en complément ou accompagner une décision, aider à fluidifier les candidatures, mais il ne doit surtout pas prendre de décision.


Et votre vision du Retail ?

Le Retail est à un virage. La part de CA réalisé par le e-commerce explose et la crise du COVID a enfoncé le clou. Les entreprises qui avaient déjà commencé à investir massivement dans les technologies omnicanales ont renforcé leur position pour aller encore plus loin et suivre la tendance du marché.

Néanmoins, le magasin physique n’est pas mort et ne le sera jamais. Les clients qui se rendent en magasin souhaitent vivre une aventure, une expérience (ndlr : ouverture des premiers Apple store en France), mais en France ce n’est pas dans notre ADN.

Certaines enseignes Françaises y arrivent (Zodio, Decathlon, Picwic Toys, Nespresso, Ikea …) mais celles qui y arrivent le mieux sont les entreprises anglo-saxonnes. On aime ou on n’aime pas, mais lorsqu’on entre dans un magasin Abercrombie & Fitch, c’est un voyage. Quand on va dans le Samsung store des Champs-Elysées, c’est pareil, et je ne parle pas seulement de mise en situation du produit ou de l’ambiance du magasin. C’est aussi tout un état d’esprit, la façon d’être accueilli par l’équipe, la musique, les odeurs, etc.

Aux Etats-Unis, lorsqu’on entre dans un magasin c’est « Hey dude, what’s up ?* », du coup on se sent vraiment comme un invité et on a très envie d’acheter !

Les enseignes de Retail françaises vont devoir prendre ce virage. A ce titre on peut faire un parallèle avec le Cinéma ; il y a quelques années on y allait car c’était le seul moyen pour voir de nouveaux films, mais aujourd’hui les films sont disponibles sur de nombreuses plateformes, et même lorsqu’ils sortent avant au cinéma, ils arrivent très rapidement en VOD ou en streaming.

Les cinémas se sont donc adaptés en proposant la 4DX qui permet littéralement de vivre le film et ils attirent de nouveaux les clients.

Comment voyez-vous l’évolution de notre modèle sur les prochaines années ?

Pour moi on peut le découper en 3 parties :

  • Les gros hypers, les grandes surfaces, les galeries commerciales vont voir réduire leur trafic. Les clients veulent du local, de l’éco-responsable et de la personnalisation dans l’accueil. Qui ne préfère pas aller voir le boulanger de son village plutôt qu’acheter une baguette en grande distribution. Pour les vêtements, les gens achèteront en ligne sur des petits sites ou la traçabilité des produits est simple à suivre.

  • Les gros magasins faisant vivre une véritable expérience d’achat à leur client continueront à se développer et deviendront des centres de l’omnicanalité : clic&collect, e-réservation, drive, shop-to-store … et ils multiplieront les services différenciants.

  • Le marché de l’occasion explose et va continuer à se développer. Le marché de la location aussi ; le client devient un usager ponctuel ou régulier d’un produit. Tout ça se fait dans une dynamique économique (je n’ai pas forcément besoin d’acheter une voiture à 20000€ si je peux la louer que quelques jours dans l’année) mais également écologique (moins de consommation, moins de production, moins de pollution).

Les enseignes suivent ce mouvement : Leroy Merlin fait des ateliers de bricolage, de rénovation de meuble, Décathlon vous apprend à réparer votre vélo, etc.

Et le collaborateur dans tout ça ?

Il a une place centrale car il représente son entreprise, il en est l’ambassadeur.

L’avantage du Retail c’est qu’on peut y entrer sans avoir de diplôme, à condition d’avoir du courage et des convictions (qu’on aura acquis durant notre enfance et nos expériences passées).

Le Turn-over y est important pour plusieurs raisons (mobilité si envie d’évoluer, amplitude horaire importante, tâches « physiques », …) mais aussi parfois par le management qui y est pratiqué.

Pour avoir travaillé au Canada, là-bas tu évolues si tu travailles et si tu obtiens des résultats. C’est parfois dur, mais c’est juste. C’est comme au football, si le remplaçant est meilleur que le titulaire, alors le titulaire devient remplaçant, sans état d’âmes.

En France, c’est un peu différent.

Quelle est votre vision de la génération qui entre sur le marché du travail ?

A 20 ans j’avais envie d’évoluer, de franchir les étapes rapidement, d’avoir des responsabilités. Pour ça, j’ai travaillé dur, sans attendre de reconnaissance, juste pour me construire un parcours professionnel dont je serai fier.

A l’inverse, je suis passé un peu à côté de ma jeunesse, je n’ai pas consacré assez de temps à ma famille, à mes amis, à ma propre vie personnelle.

Je ne le regrette pas, mais c’est un fait

La génération actuelle n’est pas câblée comme ça. Est-ce bien ou mal ? Je ne sais pas, je ne les jugerai pas. Je pense qu’il faut en effet avoir un équilibre entre sa vie professionnelle et sa vie personnelle.

Cependant, si on veut évoluer on ne peut pas attendre que ça vienne tout seul, et pour y arriver il faut s’investir.

Je ne sais pas si c’est à cause des chaines de télé-réalité ou d’une génération de Youtubeurs qui ont réussi en quelques clics, mais certains de cette génération croient que tout s’acquiert facilement et de ce fait ils ont du mal à s’investir.

Merci Valentin !

*Hey dude what’s up : « salut mec, ça va ? »

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